Massilia Sound System en guerre contre la loi Hadopi

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Massilia Sound System en guerre contre la loi Hadopi

Message  albatross le Dim 15 Aoû - 19:14


Alors que le projet de loi Création et internet (en discussion aujourd'hui à 17h30 à l'Assemblée générale), aussi appelé "loi Hadopi", est présenté comme défendant les artistes, Gari Greu, membre de Massilia Sound System, prend les politiques à contre-pied en dénonçant le "tout répressif".

- Que pensez-vous de ce projet de loi Création et internet ?
Gari Greu : C’est rétrograde comme méthode. En plus, ça ne va pas pouvoir fonctionner, c'est inapplicable pour plein de raisons ; ne serait-ce que parce qu’internet est plein de malins qui utilisent la connexion internet du voisin. Non, ce n’est pas une solution…
Mais le tout répressif me gave, c’est un peu la solution proposée à tous les problèmes en ce moment. S’il y avait vraiment un truc à faire, ça aurait été d’aller voir les fournisseurs d’accès, c’est eux les gros gagnants.

- Vous êtes donc pour compenser le manque à gagner du téléchargement illégal par une taxe aux fournisseurs d’accès à internet ?
G.G. : Je me sens pas très concerné par cette histoire de "manque à gagner." Moi, en tant que chanteur et musicien, qu’on me télécharge je m’en moque ! Au contraire, ça veut dire qu’on m’écoute, que je touche les gens. Et je le comprends très bien : les jeunes d’aujourd’hui, ça fait 15 ans qu’ils téléchargent de la musique. Acheter un CD pour eux c’est un peu comme aller à la messe. Evidemment, le facteur économique m’intéresse moins qu’il n’intéresse les grosses maisons de disque.

- Vous ne comptez pas sur l’argent issu des ventes de vos disques ?
G.G. : L’argent ? Avec Massilia Sound System, chaque fois qu’on vend un CD, je gagne 15 centimes d’euros, alors quand on en vend 30 000 je vous laisse faire le compte. Mes morceaux je peux les donner, c’est pas avec ça que je mange ! Mais Universal, Carrefour, la Fnac eux ils mangent avec ça. Nous on se fait baiser, on a dû trouver d’autres choses pour vivre que les ventes de disque. Nous on fait des concerts.

- Et ça suffit ?
G.G. : La preuve : quand Universal licencie, nous on embauche pour nos concerts ! En plus le téléchargement nous profite, ça nous amène beaucoup plus de monde aux concerts. Quand j’étais jeune, je possédais 15 vinyles en tout, si j’avais pu télécharger je ne me serais pas gêné !
Ma culture musicale aurait été bien plus grande ! Aujourd’hui, les jeunes ont cette possibilité et c’est génial pour eux, ils connaissent tous les styles maintenant. Le public qu’on a devant nous à chaque concert est bien plus qualifié qu’il ne l’était.

- Considérant cela, pensez-vous que le téléchargement légal ait de l’avenir ?
G.G. : De l’avenir, je ne pense pas, le téléchargement légal ça doit représenter que 5% du téléchargement global. C’est plutôt sur l’avenir du disque qu’il faut s’interroger. En France, il y a un album téléchargé légalement pour dix vendus physiquement, aux Etats-Unis c’est le contraire. Moi je télécharge tout mais j’ai l’achat militant, j’achète ceux qui véhiculent des idées.

- Cependant on ne peut nier la chute du marché du disque…
G.G. : On en était arrivé à des trucs absurdes. Dans les années 90, n’importe qui vendait 500 000 albums quand Gainsbourg atteignait parfois péniblement les 18 000 ! Ces énormes ventes ne voulaient plus rien dire du tout, surtout que beaucoup ne prenait pas la peine de faire trois concerts.
Aujourd’hui, on revient enfin à des trucs plus humain. Surtout qu’on parle beaucoup du téléchargement, mais la baisse des ventes ce n’est pas ça. Avant, à la Fnac, on ne trouvait que des disques et des bouquins. Aujourd’hui il y a les jeux, les ordinateurs, les DVD… l’offre Loisirs a été multipliée par 50 !

- Finalement vous vous proclamez clairement en faveur du téléchargement ?
G.G. : Pas tout à fait. Le MP3, c’est de la merde : il n’y a plus de fréquences ni hautes ni basses, les minots n’écoutent plus que ça et ne savent plus ce que c’est qu’un son correct. Et puis le téléchargement ça peut être génial mais il ne faut pas que ça aille jusqu’à l’indigestion. Tu peux pas tout prendre d’un coup, avec la culture il faut que ce soit progressif.

- Pensez-vous que l’industrie de la musique est en train de vivre une révolution ?
G.G. : J’aime bien cette période qu’on est en train de vivre, ça remet en question tous les gras du bide assis sur leur petit pouvoir. Nous-mêmes on doit réfléchir, trouver de nouvelles idées… et pour un artiste, c’est essentiel.
Avec Massilia Sound System, on a résolu le problème d’emblée en réfléchissant sur notre fonction. On fait danser les gens le samedi soir, on essaie de donner un sens à notre métier, d’être ancré dans la vie de tous les jours. Et puis c’est le luxe de l’intermittent, j’ai le temps de réfléchir et d’analyser la société…


albatross
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